- Près de la moitié des réponses arrivent après le premier message. C’est le point le mieux établi du sujet.
- Trois à quatre relances, espacées de deux à trois jours ouvrés. Au-delà, le gain devient marginal et les désinscriptions montent.
- Chaque message apporte une information neuve. Une relance qui répète la précédente ne donne aucune raison de répondre cette fois-ci.
- Le dernier message n’attend rien et donne l’adresse du site. C’est celui qui rattrape les silencieux.
Le « 80 % » et son origine
Deux chiffres reviennent dans la plupart des textes sur la relance commerciale : 60 % des ventes demanderaient au moins deux relances, 80 % se concluraient après le quatrième contact.
Ils circulent depuis une quinzaine d’années et remontent à Marketing Donut, un site britannique dont la page d’origine a disparu et qui n’a jamais publié sa méthodologie : ni le secteur observé, ni la taille de l’échantillon, ni la définition de « contact ». Ils se transmettent parce qu’ils sont commodes, pas parce qu’ils ont été vérifiés.
Le problème n’est pas qu’ils soient faux. C’est qu’ils ne vous apprennent rien : savoir qu’il faut relancer plusieurs fois ne vous dit pas combien, à quel rythme, ni avec quoi.
Ce que disent réellement les études
Il existe des données publiées sur le sujet, mesurées sur des volumes importants par des éditeurs d’outils de cold email. Elles ne sont ni parfaites ni désintéressées, et elles ont le mérite d’exister.
Sur un point, elles convergent nettement, et c’est le plus utile : une part majoritaire des réponses n’arrive pas au premier message. Selon les analyses de Belkins et d’Instantly, le premier e-mail capte entre 41 et 58 % des réponses d’une campagne, le reste venant des relances. Autrement dit, une séquence arrêtée après un seul envoi laisse de côté à peu près la moitié des réponses qu’elle aurait obtenues.
Sur le nombre de relances, en revanche, ces mêmes sources se contredisent franchement. Nous avons regardé les taux de réponse publiés sur le premier message dans notre article sur le mail de prospection, et la même précaution s’y applique : vérifier de quoi le pourcentage est le pourcentage. Certaines études placent l’optimum à deux ou trois relances, lemlist recommande d’aller de quatre à neuf, Woodpecker annonce 27 % de réponse pour des séquences de quatre à sept messages contre 9 % pour des séquences d’un à trois.
Reste une précaution de lecture, valable pour toutes ces sources : un taux de réponse ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas de quoi il est le pourcentage. Des réponses rapportées aux messages envoyés, aux messages délivrés, ou aux personnes qui ont ouvert : ce sont trois nombres différents pour la même campagne, et c’est presque toujours le plus flatteur qui est publié.
Combien de relances, et où ça s’arrête
Puisque les études se contredisent sur le nombre, il faut regarder ce sur quoi elles s’accordent : la forme de la courbe. Elle monte fort au premier rappel, puis s’aplatit vite.
Les analyses disponibles situent le pic de rendement sur la première ou la deuxième relance. Belkins mesure ensuite une baisse d’environ 20 % à la troisième relance, et de plus de moitié à la quatrième, c’est-à-dire au cinquième message de la séquence. Sur une séquence de cinq messages, les deux derniers n’ajoutent plus que quelques réponses.
De là un réglage défendable : trois à quatre relances après le premier message, espacées de deux à trois jours ouvrés. Deux à trois jours, parce qu’en dessous le message arrive avant que le précédent ait été traité, et qu’au-delà le contexte de l’échange se perd : une relance à dix jours doit reconstruire tout ce que la précédente avait posé.
Ce réglage n’est pas une règle de politesse, c’est l’endroit où le rendement marginal cesse de compenser le coût. Il change si votre panier moyen est très élevé, auquel cas une désinscription coûte moins cher qu’une affaire manquée, et il change en sens inverse sur une liste large et peu qualifiée.
Donner plus à chaque message
C’est le principe qui remplace tous les modèles à copier : chaque message de la séquence apporte une information que le précédent ne contenait pas.
La plupart des relances échouent parce qu’elles répètent la première demande en la reformulant. « Je me permets de revenir vers vous » ne donne aucune raison de répondre aujourd’hui plutôt qu’il y a trois jours. La personne a déjà arbitré une fois, elle arbitrera pareil.
Une séquence qui fonctionne monte en information : le premier message pose le contexte et la raison du contact, le deuxième apporte un élément concret sur la situation de l’entreprise ou de son marché, le troisième un exemple de ce qui a marché ailleurs dans le même cas. À chaque fois, la personne reçoit quelque chose, même si elle ne répond pas.
C’est aussi ce qui distingue une relance humaine d’une automatisation : trouver l’information neuve demande de lire le profil et le contexte, ce qu’un outil qui déroule un modèle ne fait pas. C’est aussi le principe de notre façon de mener la prospection pour nos clients, sur LinkedIn : chaque relance part d’une lecture du profil.
La séquence complète, écrite
Voici les quatre messages, rédigés. Ils sont volontairement courts et sans formule de politesse allongée : à ce stade, chaque ligne que la personne doit lire avant de comprendre pourquoi vous écrivez est une ligne de trop. Le contexte est une agence qui vend de la prospection externalisée à une société de logiciel qui vient de recruter deux commerciaux. Les jours sont comptés en jours ouvrés, trois entre chaque message.
ObjetVos deux nouveaux commerciaux
Bonjour Sophie,
Vous avez ouvert deux postes de commerciaux cet été, et ils sont pourvus. Dans une équipe de cette taille, la difficulté des premiers mois est rarement la formation : c’est d’avoir assez de rendez-vous à leur confier.
Le sujet est déjà réglé chez vous, ou il reste ouvert ?
Hugo
ObjetRe: Vos deux nouveaux commerciaux
Bonjour Sophie,
Je complète mon message : sur les six derniers éditeurs que nous avons accompagnés dans cette situation, le point de blocage n’était pas le nombre de rendez-vous mais leur qualité. Les commerciaux passaient leurs premières semaines sur des dossiers qui n’aboutissaient pas.
Si le sujet n’est pas d’actualité, dites-le-moi et je n’insiste pas.
Hugo
ObjetRe: Vos deux nouveaux commerciaux
Bonjour Sophie,
Un cas voisin, si ça peut servir : un éditeur d’une trentaine de personnes, même profil d’acheteurs que vous, passait 40 % du temps de ses commerciaux en prospection. Nous avons repris cette partie, ils sont revenus à zéro.
Est-ce que ça vaut trente minutes, ou est-ce que je vous laisse tranquille ?
Hugo
ObjetJe vous laisse la main
Bonjour Sophie,
Je n’insiste pas davantage. Si le sujet revient dans quelques mois, tout ce que nous publions sur la prospection B2B est sur occura.co, et vous pouvez m’écrire directement.
Bonne continuation,
Hugo
Le dernier message n’attend rien
Le dernier message de la séquence ne demande pas de rendez-vous. Il clôt proprement et donne l’adresse du site.
C’est le message le plus court de la séquence, et c’est celui qui rattrape une partie des silencieux. Des personnes qui n’ont répondu à aucun des quatre messages vont voir le site. Certaines reviennent d’elles-mêmes, parfois des semaines plus tard, parce que le besoin est arrivé entre-temps.
Une séquence qui se termine par un cinquième « avez-vous eu le temps d’y réfléchir » ferme cette porte. Une séquence qui se termine par « je vous laisse tranquille, tout est là si le sujet revient » la laisse ouverte, et cela ne coûte rien.
Ce qui décide qu’une relance arrive
Tout ce qui précède suppose que le message atterrisse dans la boîte de réception. C’est une hypothèse, et c’est celle qui saute en premier sur une séquence de relance, parce qu’une relance concentre exactement les signaux que les filtres surveillent : même expéditeur, même destinataire, messages rapprochés, taux de réponse faible.
Trois réglages pèsent plus que le texte lui-même.
- Relancer dans le fil, ou repartir d’un objet neuf. Répondre à son propre message conserve le contexte et se lit comme une conversation. Un objet neuf est plus visible dans une boîte encombrée, mais il perd le fil et se traite comme un nouveau démarchage. Le premier convient à une cible étroite, le second à un volume large.
- Le domaine d’envoi. Une séquence sortante ne s’envoie pas depuis le domaine principal de l’entreprise. Un incident de réputation sur une campagne se paie alors sur la facturation, les contrats et le support, c’est-à-dire sur les e-mails qui comptent vraiment.
- Le volume par adresse. C’est la variable la plus mécanique. Une adresse neuve qui envoie deux cents messages le premier jour est traitée comme telle, quel que soit le contenu.
Un dernier point, moins technique et plus décisif : le taux de réponse est lui-même un signal de délivrabilité. Une séquence qui obtient des réponses arrive de mieux en mieux, une séquence ignorée arrive de moins en moins. Les deux moitiés du sujet, le texte et la technique, se tiennent donc par le même bout, et c’est la raison pour laquelle le ciblage prime encore une fois sur la formulation. Nous détaillons les critères qui font une liste exploitable dans notre article sur l’ICP marketing.
Questions fréquentes
Les études publiées ne s'accordent pas : certaines recommandent deux à trois, d'autres jusqu'à neuf. Ce sur quoi elles convergent, c'est que la première relance est le message le plus rentable de la séquence, et que le rendement chute nettement à partir de la quatrième. Trois à quatre relances après le premier message est le compromis que ces données soutiennent.
Oui, et c'est ce que les études d'éditeurs mesurent le plus nettement : entre 42 et 59 % des réponses d'une campagne arrivent après le premier message. Sans relance, vous vous privez en pratique d'une réponse sur deux.
Deux à trois jours ouvrés entre chaque message. Relancer dès le lendemain passe pour de l'insistance ; attendre dix jours oblige à réexpliquer qui vous êtes et pourquoi vous écrivez.
Les données disponibles situent le basculement autour du quatrième ou cinquième message : le gain en réponses devient marginal, tandis que les désinscriptions augmentent nettement. Or un contact désinscrit ne pourra plus être sollicité, là où un contact resté silencieux peut l'être plus tard.
Un élément nouveau : un constat sur la situation de l'entreprise, un exemple tiré d'un cas comparable, une sortie explicite pour dire non. Si la relance ne contient rien que le premier message n'avait déjà dit, le destinataire n'a aucune raison de changer d'avis.
Par défaut, dans le même fil : le destinataire retrouve tout l'échange sous les yeux. Un nouvel objet ne se justifie que sur un volume large, quand la visibilité dans une boîte encombrée compte davantage que la continuité.
En annonçant simplement que vous n'insisterez plus, et en indiquant où vous retrouver si le sujet revient. Sans question ni demande de rendez-vous, ce message ne laisse rien à refuser, et c'est souvent lui qui déclenche des réponses des semaines plus tard.
Deux causes, dans cet ordre. La délivrabilité d'abord : une séquence concentre exactement les signaux que les filtres surveillent, et un message qui n'arrive pas ne sera jamais bon. Le ciblage ensuite : si les destinataires n'ont pas le problème que vous résolvez, aucune formulation ne les fera répondre, à la première relance comme à la quatrième.