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Conversation··8 min de lecture

Objections commerciales : celles qu’on vous écrit ne sont pas celles qu’on vous dit.

Les méthodes de traitement des objections, CRAC en tête, sont conçues pour une conversation : on creuse, on reformule, on contrôle. En prospection écrite, vous avez un message et la personne peut ne jamais répondre à nouveau. Voici la typologie réelle, et quoi répondre quand on n’a qu’une ligne.

En trois lignes
  • La première objection est le silence, et elle se traite par une séquence de relances, pas par un argument.
  • À l’écrit, argumenter est la mauvaise réponse. Une question courte coûte une ligne à lire, un argumentaire donne une raison de ne plus répondre.
  • « Ce n’est pas moi qui gère » est la meilleure des six, et c’est celle que la plupart des commerciaux traitent comme un échec.

Pourquoi la méthode CRAC ne suffit pas ici

La méthode de référence pour traiter une objection tient en quatre verbes : creuser, reformuler, argumenter, contrôler. C’est une bonne méthode, et elle a été conçue pour une situation précise, le rendez-vous ou l’appel téléphonique. C’est le même écueil que celui des cadres d’argumentaire, que nous traitons dans notre article sur l’argumentaire de vente : tous supposent une conversation déjà engagée.

Elle repose sur une hypothèse : l’interlocuteur est encore là. On peut lui demander ce qui lui fait dire ça, écouter la réponse, reformuler, vérifier qu’on a bien compris. Quatre mouvements, dans le même échange.

En prospection écrite, cette hypothèse tombe. L’objection arrive en une ligne, souvent sans motif, et vous disposez d’un message pour y répondre. Si votre réponse ne donne pas une raison immédiate de continuer, il n’y a pas de deuxième tour.

La conséquence pratique est contre-intuitive : à l’écrit, argumenter est la mauvaise réponse. Une réponse argumentée face à un refus non motivé donne à la personne exactement ce dont elle a besoin pour cesser de répondre. Une question, elle, appelle une réponse.

La première objection est le silence

Les typologies classiques d’objections partent d’un échange engagé, et le silence n’y figure donc pas. C’est pourtant, de très loin, la réponse la plus fréquente en prospection.

Ce que devient une invitation acceptéeNos campagnes LinkedIn
57acceptations
  • Répondent quelque chose40 %
  • Ne répondent jamais60 %
Six personnes sur dix qui acceptent votre invitation ne diront rien. Le silence n’est pas une réponse marginale, c’est la réponse majoritaire.

Le silence ne se traite pas par un argument, parce qu’il n’y a rien à contredire. Il se traite par une séquence : trois à quatre relances espacées de deux à trois jours, chacune apportant une information que la précédente ne contenait pas. Nous avons détaillé cette mécanique et ce qu’elle rapporte dans notre article sur le mail de relance.

Ce point a une conséquence sur la façon de mesurer. La question « combien d’objections un commercial rencontre-t-il avant un rendez-vous » est mal posée : la majorité des contacts n’en produisent aucune. Le travail porte sur la minorité qui répond, et c’est pour cette raison que le taux de réponse est un meilleur indicateur que le nombre d’objections traitées.

Les six objections qu’on reçoit vraiment

Les quatre catégories habituelles, prix, besoin, temps et confiance, décrivent bien un entretien de vente. Elles décrivent mal une boîte de réception. Voici ce qui arrive réellement, dans l’ordre du volume.

Ce qu’on reçoitCe que ça veut direQuoi répondre
« Pas intéressé »Une sortie polie, sans motif. C’est la plus fréquente et la moins informative.Ne pas argumenter. Une seule question courte, qui laisse la porte ouverte sans demander d’effort : demander si le sujet n’est pas d’actualité maintenant, ou pas du tout. La distinction change tout et coûte une ligne à écrire.
« Envoyez-moi de la documentation »Presque jamais une demande réelle. C’est le moyen le plus courtois de terminer l’échange.Envoyer quelque chose de court et de spécifique plutôt qu’une plaquette, puis reprendre la main avec une date. Une documentation envoyée sans point de rendez-vous ne revient jamais.
« Ce n’est pas moi qui gère »La meilleure objection de toutes, et beaucoup la traitent comme un échec.Demander qui s’en occupe et si vous pouvez mentionner leur nom. C’est une introduction interne offerte, elle vaut plus qu’une réponse positive du mauvais interlocuteur.
« On travaille déjà avec quelqu’un »Vraie information, et pas un refus. Elle dit que le besoin existe et qu’il est budgété.Ne pas attaquer le prestataire en place. Demander depuis quand, et proposer de revenir au moment où le contrat se renégocie. Noter la date et la tenir.
« Rappelez-moi dans six mois »Soit un vrai calendrier, soit un refus déguisé. Impossible à trancher sur le moment.Accepter sans insister, fixer la date précise, et demander ce qui aura changé d’ici là. La réponse à cette question distingue les deux cas en une phrase.
« C’est trop cher »Rare en prospection écrite, parce qu’il faut déjà un prix pour l’exprimer. Quand elle arrive tôt, elle porte en général sur autre chose.Ne pas défendre le prix avant d’avoir compris le besoin. Une objection de prix formulée avant qualification est presque toujours une objection de valeur perçue.
Typologie observée en prospection écrite. Derrière plusieurs de ces formules se cache un fait exploitable : un nom, un prestataire en place, une date.

Les réponses, écrites

Le tableau dit quoi faire. Voici comment ça s’écrit. Trois objections sur les six, celles qui reviennent le plus, avec la réponse telle qu’elle part. Toutes tiennent en trois lignes, parce qu’une réponse longue à une objection courte est une plaidoirie, et une plaidoirie non demandée ne se lit pas.

« Pas intéressé »La plus fréquente

Compris, merci d’avoir pris le temps de répondre.

Une précision et je vous laisse : ce n’est pas d’actualité en ce moment, ou pas votre sujet du tout ? Selon la réponse je note de ne plus vous écrire, ou je reviens dans quelques mois.

Pourquoi ça marcheAucun argument, une seule question fermée, et une conséquence annoncée pour chaque réponse. La personne comprend que répondre met fin à la sollicitation, ce qui est exactement la raison pour laquelle elle répond.
« Ce n’est pas moi qui gère »La meilleure des six

Merci de me le dire, c’est utile.

Vous sauriez qui s’en occupe chez vous ? Et est-ce que je peux dire que vous m’avez orienté vers cette personne ?

Pourquoi ça marcheOn demande deux choses : le nom, et le droit de le citer. Le second transforme un message froid en introduction interne, et il ne coûte rien à accorder.
« Rappelez-moi dans six mois »Impossible à trancher sur le moment

Ça marche, je note pour mars.

Une question pour préparer : qu’est-ce qui aura changé d’ici là de votre côté ? Ça m’évitera de vous réécrire la même chose.

Pourquoi ça marcheUn vrai calendrier a une cause : une clôture budgétaire, un recrutement, une fin de contrat. Si la personne en cite une, la date est sérieuse ; si la réponse reste vague, c’était un refus poli.

Refus, ou porte entrouverte

La compétence qui distingue quelqu’un qui fait ça tous les jours n’est pas de savoir répondre à une objection. C’est de savoir laquelle mérite une réponse. C’est ce tri que font, message par message, les commerciaux qui tiennent les conversations de nos clients.

Une réponse courte et sans motif est presque toujours une sortie polie. Une réponse qui contient une information, même négative, est une porte entrouverte : « on travaille déjà avec quelqu’un » vous donne un prestataire, donc une échéance de contrat à guetter, ce qui vaut davantage qu’un « peut-être » enthousiaste.

Le test tient en une question : la personne m’a-t-elle donné un fait ? Un fait se travaille, une formule de politesse non. C’est ce qui permet de savoir où mettre l’énergie, et c’est aussi ce qui évite de relancer quelqu’un qui a clairement dit non.

Et quand une date est donnée, elle se note et se tient. Revenir six mois plus tard en rappelant l’échange précédent produit un taux de réponse sans rapport avec un premier contact à froid, parce que vous n’êtes plus un inconnu.

Questions fréquentes

En prospection écrite, dans l’ordre du volume : le silence, « pas intéressé », « envoyez-moi de la documentation », « ce n’est pas moi qui gère », « on travaille déjà avec quelqu’un » et « rappelez-moi dans six mois ». Le prix arrive rarement à ce stade : on ne conteste pas un tarif qu’on ne connaît pas encore.

Oui, et c’est la plus fréquente à l’écrit : sur nos campagnes, six personnes sur dix qui acceptent une invitation ne répondent jamais. Comme il n’y a rien à contredire, on y répond par des relances espacées de quelques jours, chacune avec un élément nouveau, jamais par un argument.

Mal. Ses quatre temps s’enchaînent dans un même échange, ce que permet un appel mais pas une messagerie, où chaque réponse peut être la dernière. À l’écrit, on garde l’esprit du « creuser » et on abandonne le reste : une seule question courte plutôt qu’un argumentaire.

Sans argumenter. Il suffit de demander si le sujet n’est pas d’actualité ou pas pertinent du tout, en annonçant ce que vous ferez de chaque réponse : noter de ne plus écrire, ou revenir dans quelques mois. La personne répond, parce que répondre clôt la sollicitation.

Insister, non. Revenir plus tard, oui, si une date a été convenue. La différence tient à ce qui a été dit : une date fixée est un rendez-vous reporté, un refus sans date est un refus.

Moins qu’on ne l’imagine, parce que la plupart des contacts écrits ne formulent rien du tout. Compter les objections traitées mesure donc peu de chose ; suivre le taux de réponse, puis la part des réponses qui contiennent un fait exploitable, dit beaucoup plus sur la qualité d’une campagne.