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Canaux··10 min de lecture

Canaux de prospection : la question n'est pas lequel, c'est combien.

Téléphone, e-mail, LinkedIn, terrain, salons, recommandation : le choix utile ne porte pas sur lequel ouvrir, mais sur combien votre équipe peut réellement en tenir, et sur ce que coûte d'en ouvrir un de trop.

En trois lignes
  • Six canaux existent, et la décision utile porte sur le nombre qu’une équipe peut réellement tenir.
  • Deux canaux tenus valent mieux que quatre survolés. Chaque canal est un métier distinct.
  • Un canal de plus coûte plus qu’il ne rapporte tant que le précédent n’est pas maîtrisé.

Six canaux, une seule décision

Les canaux de prospection B2B tiennent en six noms : téléphone, e-mail, LinkedIn, terrain, salons, recommandation. Le conseil habituel est de les combiner, pour multiplier les points de contact.

Combiner n’est pas faux, mais cela ne dit pas quoi faire lundi matin. La décision que vous avez réellement à prendre est ailleurs : combien de canaux votre équipe peut tenir, et lesquels abandonner.

Les six canaux, sur les critères qui décident

Pour arbitrer, il faut comparer les canaux sur les dimensions qui font décider une équipe : ce que le canal demande comme compétence, en combien de temps il donne un signal, et jusqu’où il monte.

CanalCompétence spécifiquePremier signalPlafond réel
TéléphoneTenir une objection en direct, sans temps de réflexionUne semaineLe nombre d’appels qu’une personne passe dans une journée
E-mailÉcrire très court, et gérer la délivrabilitéDeux à trois semainesLa réputation d’envoi, qui se dégrade avec le volume
LinkedInConnaître les limites de la plateforme et lire un profilDeux semainesLe plafond d’invitations par compte, non publié
TerrainOrganisation géographique et enduranceUn moisLe temps de trajet
SalonsQualifier vite, et surtout relancer aprèsUn cycle de salonLe calendrier des salons de votre secteur
RecommandationSavoir demander sans gênerImmédiat, puis irrégulierLe nombre de clients satisfaits. C’est le meilleur canal, et le seul qu’on ne peut pas décider d’ouvrir.
Le plafond est la colonne la plus utile : un canal se choisit aussi sur ce qu’il fera quand il marchera.

La dernière ligne mérite une remarque. La recommandation est de loin le canal au meilleur rendement, et c’est pour cette raison exacte qu’il ne peut pas être la réponse à la question posée ici : il n’est pas actionnable. On ne décide pas d’ouvrir un canal de recommandation, on décide de servir assez bien pour en avoir un. Le placer au même rang que le téléphone ou l’e-mail revient à comparer une décision et une conséquence.

Ce que coûte un canal de plus

Un canal n’est pas un robinet qu’on ouvre. C’est un métier avec son rythme, ses codes et sa façon d’écrire.

Reprenez la colonne des compétences du tableau : aucune ne se transfère vers une autre. Un excellent rédacteur d’e-mails peut perdre pied au premier barrage de secrétariat, et un bon téléphoniste ne sait pas pour autant ce qui fait restreindre un compte LinkedIn. Ouvrir un canal, c’est acquérir une compétence de plus.

Quand une même équipe couvre les quatre, un seul est réellement tenu, presque toujours celui sur lequel elle s’est construite. Les trois autres tournent en automatique, et produisent le message que l’acheteur reconnaît en une ligne.

Le second coût est analytique et il est plus grave. Avec quatre canaux ouverts, un mois décevant n’apprend rien : impossible d’isoler celui qui a échoué. Vous perdez la capacité de corriger, ce qui est plus cher que de perdre un canal.

Ce que veut dire « tenir » un canal

Le mot est rarement défini, ce qui permet de croire qu’on tient quatre canaux quand on en tient un. Voici une définition utilisable.

Délai avant un premier signal exploitableEn semaines
Téléphone1 sem.
LinkedIn2 sem.
E-mail3 sem.
Terrain4 sem.
Salons12 sem.
Douze semaines pour un salon contre une pour le téléphone : le canal lent est celui qu’on abandonne avant d’avoir pu le juger.
Un canal tenu, c’est quelqu’un dont c’est l’essentiel de la semaine. Pas quelques heures le vendredi.

La raison n’est pas morale, elle est statistique. En dessous d’un certain volume, un mois de données ne permet pas de distinguer un canal qui ne fonctionne pas d’une exécution médiocre. Trente tentatives par mois sur un canal produisent un taux de réponse dont l’intervalle de confiance couvre à peu près tout, et vous finissez par arbitrer sur une impression.

Trois signes qu’un canal n’est pas tenu, et ils sont faciles à vérifier chez soi.

  1. Le taux de réponse du mois dernier ne se donne pas de tête, il faut aller le chercher. Un canal tenu est un canal mesuré, et un canal mesuré a un chiffre que son responsable connaît de tête.
  2. Le volume varie du simple au triple d’une semaine à l’autre. C’est la signature d’un canal traité quand il reste du temps, donc jamais.
  3. Les relances partent en retard ou pas du tout. C’est toujours la première chose qui saute, et c’est aussi la moitié des réponses. Nous chiffrons ce que les relances rapportent réellement dans notre article sur le mail de relance.

La règle des deux canaux

Notre règle par défaut : deux canaux, pas un de plus. C’est le point de départ, avant d’entrer dans votre cas particulier.

Deux, parce qu’un seul vous expose à une dépendance : une plateforme change ses règles et votre prospection s’arrête. Et pas plus de deux, parce qu’au-delà la compétence se dilue et l’analyse devient impossible.

Notre propre cas est plus radical et nous l’assumons : nous n’en tenons qu’un. C’est un choix qui a un coût, et nous le disons sur notre page agence de prospection commerciale : si vos acheteurs se travaillent au téléphone, nous ne sommes pas le bon interlocuteur.

Le jour où la plateforme change les règles

C’est l’objection sérieuse au canal unique, et elle mérite un cas concret plutôt qu’un principe. LinkedIn limite les invitations de chaque compte sur une fenêtre glissante d’une semaine, sans jamais en avoir publié la valeur : les relevés du marché la situent autour d’une centaine. De l’extérieur, on ne sait ni où elle est exactement, ni si elle a bougé, ni si elle bougera le mois prochain.

Une entreprise dont toute la prospection passe par ce canal n’a donc aucun levier sur sa propre capacité. On ne négocie pas avec une plateforme, on ne migre pas ses acheteurs ailleurs, et on ne rattrape pas en écrivant mieux un volume qu’on n’a plus le droit d’envoyer. Le jour où le seuil se resserre, la seule réponse disponible est d’ouvrir un autre canal, ce qui prend un trimestre au mieux.

C’est ce risque qui justifie le second canal, et rien d’autre. Le second canal n’est pas là pour multiplier les points de contact, formule qui ne veut pas dire grand-chose : il est là pour que la décision unilatérale d’une entreprise américaine ne mette pas votre développement commercial à l’arrêt.

Pour dimensionner un dispositif malgré ce chiffre absent, on raisonne en comptes plutôt qu’en invitations, avec une marge sous la centaine relevée par le marché. Nous avons détaillé ce point dans notre article sur la limite d’invitations LinkedIn.

Comment choisir les vôtres

Trois questions, dans cet ordre.

Où vos acheteurs sont-ils joignables ? Pas où ils sont présents, où ils sont joignables. Un dirigeant peut avoir un profil LinkedIn qu’il ne consulte jamais. Regardez comment vos clients actuels sont arrivés.

Quelle compétence avez-vous réellement en interne ? Un canal qui demande une compétence que personne n’a produira des résultats médiocres pendant six mois avant qu’on l’abandonne en concluant qu’il ne marche pas. C’était l’exécution.

Quel volume vous faut-il ? Les canaux n’ont ni le même taux ni le même plafond. L’e-mail passe à l’échelle avec un taux faible, LinkedIn a un meilleur taux mais un plafond dur. Nous avons posé cette arithmétique dans notre comparaison des deux canaux, et le calcul de volume complet dans l’article sur le plan de prospection.

Une fois les deux canaux choisis, fixez la date de bilan avant de commencer : dans trois mois, avec le taux de réponse de chaque canal et le nombre de rendez-vous qu’il a produits. Une date posée d’avance évite de trancher sur un mauvais mois.

Questions fréquentes

Le téléphone, l'e-mail, LinkedIn, le terrain, les salons et les recommandations. À cela s'ajoutent des canaux d'acquisition plutôt que de prospection : référencement, publicité, contenu. Les premiers vont chercher, les seconds attendent.

Deux, dans la plupart des cas. Un seul vous rend dépendant des règles d'une plateforme ; au-delà de deux, les compétences se dispersent et un mauvais mois ne dit plus quel canal a échoué.

Celui sur lequel vos acheteurs sont joignables et que vous savez tenir. La question du meilleur canal dans l'absolu n'a pas de réponse : elle dépend du marché, de la taille du panier et de la compétence disponible en interne.

Oui si chaque canal a son propre responsable, qui y passe l'essentiel de sa semaine et connaît son taux de réponse de tête. Confié à une seule équipe qui fait tout, il donne quatre exécutions moyennes au lieu d'une bonne.

Sur certains marchés, oui, notamment quand les acheteurs ne sont pas actifs sur les réseaux professionnels. Il demande en revanche une compétence spécifique qui ne se transfère pas depuis l'écrit, et un volume d'appels que peu d'équipes tiennent réellement.

Un trimestre, à volume régulier. Trente tentatives par mois donnent un taux trop imprécis pour conclure, et le canal risque d'être abandonné pour une faute d'exécution.